Ut musica poesis
Nous voici en route pour un petit voyage russe.
La musique bien entendu donne le la. La poésie, et la prose car la frontière se doit d’être extrêmement ténue entre les deux, la poésie et la prose aimeraient donner à voir là-bas.
Tout part de la magie de la langue russe dont nous pouvons percevoir un timide écho dans sa traduction française. Ici elle gravitera autour de trois blocs qui ont pour nom Chalamov, Aigui, Maiakovski eux-mêmes déployés autour de quatre blocs – musicaux – qui ont pour nom Dvorak, Schubert, Prokoviev, Chostakovitch. C’est un choix, une minuscule anthologie, qui suggère aussitôt une furieuse envie de composer d’autres listes.
Chalamov est connu pour ses récits terrifiants de la Kolyma. Le goulag de la Vitchera évoque des souvenirs plus légers, à commencer par la cantatrice borgne de la Roussalka et son imprésario. Aigui n’est pas du tout connu ; c’est pourtant un grand poète russe et tchouvache, mais la Tchouvachie n’est pas davantage connue. Il a écrit des poèmes pour l’apparition de la neige et pour saluer, avec Schubert, la disparition de sa mère dans les framboisiers. Maiakovski, lui, est très connu. Ou, en tout cas, il l’a été. C’était au XX eme siècle. Le retrouver avec Napoléon et la Commune de Paris paraît de circonstance, avec une lettre d’amour aussi, si on veut bien commémorer le passé, reprendre cette adresse qui sonne comme un impératif : « Aux morts pour qu’ils vivent. Aux vivants pour qu’ils aiment ».
Dans ce paysage, les Visions fugitives de Prokoviev ont la légèreté d’un musicien qui eut la discrétion de mourir le même jour que Staline et les Préludes et fugues de Chostakovitch représentent un sommet sans pareil. Place au piano, au piano pas tout à fait solo, au piano forte et au pianissimo.
Chalamov, Aïgui, Maïakovski
Schubert, Prokofiev, Chostakovitch
Bernard Chambaz, écrivain et poète, Delphine Biechler, piano